Accueillir ses émotions pour se rencontrer soi-même


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Dans notre culture, et notamment dans la sphère professionnelle, les émotions dérangent. Les uns les répriment car ce ne serait pas « bien » de les laisser s’exprimer en public. Les autres sont montrés du doigt lorsqu’ils les affichent. On caractérise certaines personnes de « trop » sensibles. Mais ressentir et exprimer ses émotions ne nous rend-t-il pas plus humain ?

L’émotion : une information

Le mot émotion vient des termes latins « exmovere » signifiant « ébranler » et de « motio signifiant « action de bouger ». Une émotion est une réaction passagère d'intensité plus ou moins forte, qui survient en réaction à un événement déclencheur. Elle sert de signal d’alarme interne. Elle induit une réaction physiologique instantanée (comme un réflexe) suite à un stimulus capté par nos sens : accèlération du rythme cardiaque, mains moites, rougeur, pâleur, sensation de boule au ventre…

L’émotion est une donc information. Elle n’est ni positive, ni négative. Elle est jugée agréable ou désagréable par nous-même ou par notre entourage.


Les émotions sont universelles. Le psychologue américain Paul Eckmann, pionnier dans l'étude des émotions, a observé les expressions faciales dans diverses cultures et a dénombré six émotions fondamentales : la joie, la colère, la peur, la tristesse, la surprise, le dégoût. Chaque émotion peut être ressentie à des degrés différents. Une surdose de joie est appelée extase. Une faible dose de colère est appelée contrariété. Nos émotions peuvent aussi se mélanger : une dose de joie et de confiance donne l’amour.


Les émotions ne sont pas « logiques » : le cerveau ne fait pas la différence entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Ceci explique que nous pouvons être émus par un tableau ou un film par exemple.



Naissance des émotions

Les émotions prennent naissance dans notre cerveau au niveau du système limbique, appelé aussi cerveau émotionnel. Celui-ci est constitué du thalamus, de l’hippocampe, de l’amygdale, de la formation réticulée, du fornix, du septum, de l’hypothalamus et de l’hypophyse. Ces structures sont liées les unes aux autres et s’influencent mutuellement. Le système limbique est également responsable de l’apprentissage, de la mémoire, de l’olfaction, des comportements alimentaires et de l’appétit, du contrôle du système endocrinien qui régule nos hormones et du système nerveux autonome.


A l'état de veille, les informations sensorielles (une image, un son, une odeur, un goût, un contact avec notre peau…) arrivent dans le thalamus qui les traite, les trie et les envoie vers les différentes zones du cortex cérébral reliés à nos sens et vers les amygdales où naissent les émotions. Les informations arrivent ensuite à l’hypothalamus qui gère toutes les fonctions automatiques de notre corps (respiration, digestion, rythme cardiaque, température corporelle…). L’hypothalamus retranscrit alors les effets des émotions dans notre corps. La joie nous aide à créer du lien social, la colère mobilise notre énergie afin de faire respecter notre territoire, la peur nous permet de fuir ou de combattre la situation…

La somatisation, l’expression des émotions refoulées

Les émotions peuvent être source d’énergie ou freiner notre évolution. Lorsqu’elles sont refoulées, elles peuvent s’exprimer par l’intermédiaire de notre corps : c'est la somatisation. La psychosomatique est la transformation interne d’une émotion psychique en douleur physique. Quand l’esprit ne va pas bien, il dérègle le corps, qui à son tour perturbe le psychisme, c’est un véritable cercle vicieux. Pour retrouver une harmonie corps et esprit, il est important de se connecter à soi, de voir ce qui se passe au plus profond de nous. C’est le chemin vers un réel mieux-être. Derrière chaque émotion se cache un besoin inassouvi. Les émotions nous servent de boussole intérieure. Elles nous permettent de détecter quand quelque chose ne va pas et d'aller vers la compréhension et l'écoute de nos besoins qui en sont la source.



Les personnes hautement sensibles

Il arrive que certaines personnes se sentent en décalage avec leur environnement. On leur dit qu’elles sont « trop » sensibles, qu’elles sont à fleur de peau. Vivre intensément ses émotions et ses sensations n’est ni un défaut, ni une faiblesse. Mais certaines situations peuvent être difficiles à supporter, lorsqu’on se sent débordé par son ressenti. Reconnaître et accepter sa différence pour arrêter de se conformer à ceux que les autres attendent de nous est essentiel. Souvent les personnes hautement sensibles passent leur vie à faire semblant, à composer, à se sur-adapter avant parfois de craquer car ce trait de caractère leur est parfois difficile à vivre. Loin d’être un handicap, une sensibilité élevée permet une fois qu’elle est apprivoisée de vivre une vie riche en couleurs !


Selon la psychologue américaine Elaine Aron, 15 à 20 % de la population (hommes et femmes) serait dotée d’hypersensibilité. Son origine reste en partie mystérieuse : est-elle liée à nos gènes, à notre environnement ? Les chercheurs ne s’accordent pas sur la part d’inné et d’acquis. Toutefois le fonctionnement cérébral de ces personnes diffèrerait des autres : on parle communément de pensée en arborescence. Les personnes hypersensibles sont douées d’empathie, très attentives aux détails, très créatives. Leurs sens peuvent être surstimulés par la lumière, le bruit, les odeur, le contact des vêtements.… Leurs émotions sont denses et puissantes, ce qui est souvent incompris dans le monde de l’entreprise.



La méthode SEBBA


Nos émotions nous permettent d'apprendre à nous connaître. La méthode de développement personnel SEBBA permet de nous y connecter de façon authentique lorsque nous vivons une situation qui nous chamboule :

  • S pour « Stop » : sortir de la situation, s’arrêter pour prendre du recul afin de se ressourcer et d'analyser ce qui nous arrive et y revenir plus tard.

  • E pour « Emotion » : mettre des mots sur ce que l’on ressent, trouver le mot juste pour définir ce qui se passe en nous, voir comment nous nous sentons face à cet événement de vie.

  • B pour « Besoin » : découvrir quel besoin n’est pas nourri, est-ce un besoin de sécurité, de calme, de respect ? Nos besoins nous permettent de faire des choix conscients, ils sont notre moteur de vie.

  • B pour « Blessure » : faire le lien entre cette émotion et des souvenirs du passé qui nous ont marqué ou des croyances transgénérationnelles, culturelles ou sociales… Parmi les blessures les plus fréquentes on retrouve le rejet, l’abandon, l’humiliation, la trahison, l’injustice. D’après l’auteur Lise Bourbeau, tout ce que nous vivons de désagréable dans notre vie serait relié à nos blessures, tout ce qui nous arrive sur le plan mental (anxiété, peurs…), sur le plan émotionnel (culpabilité, colère…) et sur le plan physique (maladies, malaises…) ne serait que la conséquence de nos blessures d’âme.

  • A pour « Action » : lâcher prise, trouver la solution en lien avec nos besoins pour aller de l’avant en cohérence avec qui nous sommes.

Accueillir ses émotions est donc une façon de mieux se comprendre, mais aussi de lever des blocages physiques. Mettre des mots sur ses maux est une première piste quand le corps s’exprime. Les expression du type « en avoir plein le dos », « se faire de la bile », « se prendre la tête » en illustre parfaitement le fonctionnement. Rien n’est dû au hasard ! Parfois nous pensons aussi que certaines de nos émotions font partie de nous tant nous en sommes imprégnés alors qu’en réalité en nous posant les bonnes questions, en connaissant mieux notre histoire familiale, en interrogeant nos proches, en travaillant avec un professionnel de l'aide et de l'écoute, il est possible de faire le tri entre ce qui nous appartient et ce qui appartient à l’autre. Vivre ses émotions sans jugement est un merveilleux chemin vers soi-même !


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